• Hors la loi - Théâtre du vieux colombier -30 Mai 2019

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    Voici une autre petite critique écrite pour le service culturel de ma fac !

    « Ce qui a été ma plus grande honte est aujourd’hui ma plus grande fierté ». Ce sont les derniers mots qui clôturent la pièce, des mots prononcés par Marie Claire Chevalier adulte qui résument très bien son combat personnel, devenu le combat de toutes les femmes. Il s’agit de l’articulation subtile entre l’affaire privée et l’affaire publique. C’est une piqure de rappel, des mots qui nous rappellent que derrière toutes nos différences personnelles, réside la voix de l’autre en nous.

    Pauline Bureau s’inspire pour sa première pièce à la Comédie Française du « procès de Bobigny », qui contribua à l’adoption de la loi Veil. La pièce prend place en 1971.  Elle met en scène Marie Claire Chevalier, âgée de 15 ans, portant l’enfant de son violeur. La jeune Marie Claire refuse de garder l’enfant et a recourt à l’avortement clandestin. Nous assistons dans cette mise en scène à la souffrance de l’enfant, à l’injustice d’une loi qui aliène la femme de son propre corps. Le désarroi de l’héroïne est bien rendu par le dédoublement du personnage. En effet, sur scène, nous avons deux représentations de Marie Claire. Tout d’abord, une Marie Claire plus âgée, spectatrice de son propre drame, ainsi que Marie Claire adolescente, qui subit en temps réel son destin. Cette technique est d’autant plus intéressante puisqu’elle introduit un temps de réflexion au spectateur en créant une mise en abyme de la pièce elle-même. Le personnage commente l’action de temps en temps, la subit d’autres fois. Il s’agit d’une pause dramatique puisque nous voyons en premier plan la version âgée de Marie Claire tandis que les personnages au second plan sont totalement immobiles.

    Une grande partie de la pièce, constitue le procès de Marie Claire. Celle-ci voit son affaire devenir une affaire publique. La voix de toutes les femmes qui désirent disposer de leurs propres corps se joignent à la sienne pour réprimer cette loi. Ce deuxième temps du spectacle est celui qui expose l’injustice de cette loi ainsi que les différents points de vue des deux partis. Il s’agit du paroxysme de la tension dramatique. Le personnage de Gisèle Halimi, avocate de Marie Claire et militante contre l’interdiction de l’IGV, décortique la notion de loi et introduit une réflexion sur ses fondements. Cette réflexion est nourrie par les témoignages de femmes, des faits réels et même par des vérités scientifiques. Le spectateur est happé par cette représentation, autant par la beauté du texte que par l’ultra modernité du thème abordé. En effet, il s’agit d’une pièce extrêmement d’actualité puisqu’elle pose des questions qui reviennent à la surface. Les manifestations contre l’IGV et les protestations contre la loi Veil sont de plus en plus présentes, non seulement en France mais aussi dans le monde entier. Ceci montre bien la pertinence de la pièce et le besoin pressant de faire remonter ces questions à la surface.

    Il s’agit également de déconstruire les dogmes et des croyances du quotidien. La loi a en effet tendance à devenir dans la pensée commune un dogme, une croyance fixe, voire une vérité absolue. Gisèle Halimi montre bien la différence entre la justice et la loi, et l’importance d’une réflexion critique vis-à-vis de celles-ci. Cette question est d’une extrême importance, puisqu’elle motive le spectateur, l’éduque, le pousse à se poser les bonnes questions et à avoir une vision critique et personnelle. Il s’agit aussi d’une pièce d’une extrême importance, notamment pour les femmes et les militants de la condition féminine. Nous avons en effet tendance à prendre les droits de la femme pour des acquis, en oubliant tout ce qui a contribué à leur instauration et en oubliant que tout peu basculer d’un moment à un autre. Il s’agit d’une prise de conscience vis-à-vis de la place de l’individu de la société et de son importance pour créer le changement. Cette pièce, met en relief le combat de la femme pour ses droits et souligne donc le besoin de continuer ces efforts en créant un parallèle entre le présent et le passé. Elle montre cette circularité historique d’une manière fluide, de sorte que le spectateur tire lui-même ses propres conclusions.

    Cette pièce de théâtre joint fond et forme, mêle affaire privée et affaire universelle, pour donner à voir le combat de la femme pour ses droits. Il s’agit d’une pièce absolument à regarder en tant que femme, en tant qu’homme, en tant qu’être humain.

     


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